Les libéraux présentent un budget contenant un astucieux plan électoral

Cent milliards de dollars de nouvelles dépenses. La promesse d’une «reprise verte». De l’argent pour les jeunes afin d’éviter une «génération perdue». Tous les éléments du budget libéral ont été livrés lundi et tous sont prêts à être utilisés comme éventuels slogans électoraux. Le premier ministre Justin Trudeau a beau prétendre qu’il ne veut pas aller en élection, il a apparemment omis de le dire à sa ministre des Finances.

Le plan des libéraux touche tous les groupes électoraux cibles – et plus encore. Son plan de garderies d’enfants – 30 milliards de dollars sur cinq ans et des frais de garde réduits de moitié d’ici 2022 – est conçu pour attirer principalement les femmes, qui ont perdu leur emploi de façon disproportionnée durant la pandémie. L’aide aux petites entreprises est destinée aux entrepreneurs «libéraux bleus», ainsi qu’aux électeurs conservateurs qui sont tièdes face aux perspectives d’avenir de leur propre parti. Pour les libéraux de gauche et les néo-démocrates indécis, il y a aussi des éléments visant à «taxer les riches», y compris des contributions sur les bateaux et les voitures de luxe, et un salaire minimum à 15 $ l’heure pour les travailleurs fédéraux.

Et pour les personnes âgées, il y a un paiement unique de 500 $ en août 2021, ainsi qu’une augmentation permanente de 10% des paiements de la Sécurité de la vieillesse pour les retraités âgés de 75 ans et plus à partir de juillet 2022. Tout cela va ajouter 766 $ de plus dans la poche des retraités et avoir un impact sur 3,3 millions de personnes âgées – une cohorte qui traditionnellement génère une forte participation électorale.

Ensuite, il y a ce qui n’est pas dans ce budget. Il n’y a pas de revenu de base universel – malgré le fait que l’idée ait été approuvée ce mois-ci lors du congrès politique du Parti libéral par un vote de 491 voix contre 85. Il n’y a pas d’argent frais pour l’assurance-médicaments, bien que les libéraux aient défendu cette initiative lors de la dernière élection. Et il n’y a pas de nouvel impôt sur les gains en capital pour les résidences principales afin de refroidir le marché de l’habitation – malgré le fait que les prix des maisons au Canada aient en moyenne grimpé d’un astronomique 30% au cours de la dernière année.

Pourquoi laisser ces trois politiques de côté? Parce que l’électeur moyen de la classe moyenne ayant un emploi et étant propriétaire d’une maison n’a pas besoin du revenu de base universel; il a probablement une assurance-médicaments au travail pour couvrir ses frais médicaux; et il détesterait carrément toute taxe sur la valeur nette de sa propriété. Bien que le budget propose de taxer les propriétés vacantes appartenant à des non-résidents, les libéraux savent que de nombreux Canadiens ne sont que trop heureux de voir que leur maison prend de la valeur. En récupérant ce gain, ils feraient face à la colère de millions d’électeurs qui prévoient utiliser cette croissante richesse comme fonds de retraite.

De ce point de vue, le budget est gagnant-gagnant: non seulement les libéraux évitent de mettre en colère un groupe démographique clé, mais ils parviennent aussi à enrager le NPD. Les trois propositions se trouvent sur la liste de souhaits des néo-démocrates, en particulier après que les libéraux et les conservateurs aient défait le projet de loi sur l’assurance-médicaments du NPD en février 2020. Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a juré de ne pas faire tomber le gouvernement lors de la troisième vague de la COVID-19, mais combien coups peut-il encaisser avant de riposter?

Enfin, Trudeau prolonge la myriade de prestations de secours en cas de pandémie, y compris la période d’admissibilité à la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), qui passe à 50 semaines par rapport au plafond actuel de 38 semaines. Le programme aurait expiré en juin, mais se poursuivra maintenant jusqu’en septembre. Les paiements continueront d’être offerts au niveau actuel de 500 $ par semaine jusqu’à la mi-juillet, date à laquelle ils chuteront à 300 $.

Ces dates donnent au gouvernement une large marge de manœuvre électorale. Trudeau peut se rendre aux urnes avant la fin du mois de juin, avant que quiconque ait vu ses prestations réduites, ou il peut attendre jusqu’en septembre, moment où l’économie se sera probablement quelque peu redressée, laissant moins de personnes ayant besoin du programme (mais toujours en mesure d’y avoir accès). Trudeau peut également jouer dans les platebandes du premier ministre ontarien, Doug Ford, en prolongeant les prestations fédérales d’assurance-emploi, alors que le gouvernement conservateur provincial de Ford demeure impassible sur la question des congés de maladie payés pour les travailleurs essentiels – un fait qui rebondira probablement sur les conservateurs fédéraux lorsqu’ils chercheront des votes dans la région du 905 autour de Toronto.

Si tout ce discours de politique électorale pré-organisée vous semble cynique, ne blâmez pas l’auteure de cette chronique. Après tout, c’est la ministre des Finances Chrystia Freeland elle-même qui a récemment déclaré publiquement: «Je crois vraiment que la COVID-19 a créé une fenêtre d’opportunité politique et peut-être même une révélation (…) sur l’importance de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants.» Sans doute. Et une révélation sur les chances de réélection de son parti aussi.

Lire la version originale anglaise de ce texte sur le site du National Post

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