Legault veut tuer les universités anglophones du Québec. Il faut l’arrêter

Ne mâchons pas nos mots: le premier ministre du Québec, François Legault, veut tuer les universités anglophones de Montréal. Jeudi, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il augmenterait de 33% les frais de scolarité pour les étudiants hors province, majoritairement anglophones, et qu’il exigerait que 80% des étudiants de McGill et de Concordia maîtrisent le français au «niveau 5», ou les établissements perdront leur financement. Pour la plupart des étudiants non francophones, cela nécessitera l’équivalent d’un autre semestre d’études – une raison sûre, s’il en est une, pour ne pas postuler.

Les candidatures ont déjà chuté de 20% globalement à McGill et de 33% pour les étudiants internationaux à Concordia depuis que le gouvernement a lancé l’idée de doubler les frais de scolarité en octobre. Legault avait alors déclaré: «Le nombre d’étudiants anglophones menace la survie du français.» Ce n’est pas exactement la meilleure façon de les accueillir.

Pourtant, le gouvernement ne dispose d’aucune étude démontrant comment ces étudiants montréalais très localisés érodent le français au Québec. Les étudiants de première année des deux écoles vivent pour la plupart en résidence tandis que le reste de la population étudiante peuple la trentaine de pâtés de maisons du ghetto McGill et du couloir de Maisonneuve entre les rues Atwater et Guy, où ils contribuent également à l’économie montréalaise à hauteur de 427 $ millions de dollars par an, dont 82 millions provenant uniquement des étudiants canadiens hors province, selon Fabrice Labeau, vice-recteur de McGill.

Et ils contribuent au monde. Prenez McGill, surnommée le «Harvard du Nord». Elle a produit 12 lauréats du prix Nobel, 147 boursiers Rhodes, neuf lauréats d’un Oscar, 13 lauréats d’un Grammy Award, quatre lauréats du prix Pulitzer et 121 olympiens avec plus de 35 médailles olympiques. Ses chercheurs en médecine ont contribué à la mise au point de vaccins et de thérapies contre l’hépatite, le VIH, le cancer, les maladies cardiaques et bien plus encore. Actuellement, l’université dirige la revitalisation de l’Hôpital Royal Victoria, le «New Vic», pour créer un centre d’excellence médicale qui «fait reculer les frontières entre les disciplines, les communautés et les institutions, pour se concentrer sur des objectifs communs bénéficiant à toute l’humanité».

C’est le genre de leadership mondial que les gouvernements devraient encourager, et non écraser. Legault devrait y penser la prochaine fois qu’il écoutera une chanson de Leonard Cohen ou qu’un de ses enfants aura besoin de soins médicaux. Ou la prochaine fois qu’il assistera à un match de hockey – un sport développé à McGill en 1875.

Et ce sport ne sera peut-être plus pratiqué sur le site. Selon Labeau, le tiers des joueurs des équipes sportives d’élite de l’école proviennent d’autres provinces. Ces équipes ne pourront peut-être plus concourir. Et puisque McGill devra attirer davantage d’étudiants internationaux pour combler la différence en termes d’inscriptions, elle cannibalisera d’autres universités de la province pour le faire, y compris des établissements francophones comme l’Université de Montréal. Tous sont perdants.

Alors pourquoi le premier ministre est-il si déterminé à détruire des institutions qui ont tant donné à la province et au monde? D’une part, son ancien parti, le séparatiste Parti Québécois, lui prend d’importantes parts de votes dans l’opinion publique. Un sondage Léger réalisé pour Québecor média montre le PQ à 31% de soutien, comparativement à 25% pour la CAQ. Legault veut rétablir sa bonne foi auprès des électeurs nationalistes francophones, et les chiffres montrent que donner un bon coup de pied aux anglophones est une façon d’y parvenir.

Mais cela pourrait aussi être personnel. En 2018, Legault a accordé une entrevue à la Montreal Gazette, intitulée «De laitier à premier ministre du Québec», dans laquelle il a décrit son enfance dans l’enclave ouvrière francophone de Sainte-Anne-de-Bellevue, entourée de quartiers anglophones plus fortunés. «À Ste-Anne, nous étions comme un petit village, parlant français, jouant contre Baie-D’Urfé et Beaconsfield au hockey l’hiver et au baseball l’été», se souvient Legault. «C’était comme les Français contre les Anglais.»

L’article se poursuit en soulignant que «la maison des Legault de la rue Ste-Élisabeth était nichée au milieu d’un réseau de rues étroites à Ste-Anne, à seulement quelques pâtés de maisons des campus tentaculaires des Collèges John Abbott et Macdonald de l’Université McGill, symboles emblématiques de la stature institutionnelle du Québec anglophone.»

Le jeune Legault a-t-il regardé ces symboles de la «domination anglo-saxonne», dont McGill fait partie, et s’est-il juré de les démolir un jour? Nous ne savons pas. Mais l’annonce de son gouvernement ressemble à ce qu’un enfant de cinq ans ferait, en frappant une pile de blocs sans penser où ils vont tomber. Ou qui tombera avec eux.

Lire la version originale anglaise de ce texte sur le site du National Post

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