La promesse de Poilievre de sévir contre les voleurs de voitures: un règlement de compte pour Trudeau

Justin Trudeau a volé votre voiture. Est-ce que cela a retenu votre attention? Ce n’est pas vrai, bien sûr: le premier ministre a un chauffeur et n’est probablement pas intéressé par votre vieille sous-compacte non hybride. Mais c’est le sous-texte d’une campagne très habile des conservateurs diffusée sur les réseaux sociaux. «105 673 voitures volées en 2022 sous Trudeau.» «Après huit années de Justin Trudeau, les vols de voitures ont augmenté de 34 pour cent partout au Canada, avec une hausse stupéfiante de 106% à Montréal et de 217% à Toronto.» Tout ce qui manque, c’est une vidéo hypertruquée de Trudeau portant une cagoule et sortant d’une allée sombre de Brampton à 2 heures du matin.

Les conservateurs parlent également de cette question dans la vraie vie. La criminalité a fait l’objet de leur première question à la Chambre des communes à la reprise du Parlement la semaine dernière. Lors d’une récente conférence de presse, le chef Pierre Poilievre a présenté un plan en plusieurs points pour lutter contre le vol de voiture, notamment en augmentant les peines minimales de six mois à trois ans et en supprimant l’admissibilité à l’assignation à résidence. Les conservateurs ont même lancé une pétition pour «freiner le vol de voitures», une manière idéale de recueillir les noms et les signatures de personnes qui se soucient de ce problème et qui pourront ensuite être sollicitées pour obtenir des dons pour le parti.

Pourquoi les conservateurs s’attaquent-ils soudainement au crime? Il existe plusieurs raisons. La première, ce sont les souvenirs des élections de 2006. 2005 a été «l’année des armes à feu» à Toronto, avec un nombre record d’homicides, couronné par le meurtre éhonté en plein jour de Jane Creba, 15 ans, alors qu’elle faisait ses achats de Noël sur la rue Yonge. Stephen Harper est arrivé au pouvoir en promettant de sévir contre la criminalité: selon le sondeur Darryl Bricker, après le meurtre de Creba, «c’est à ce moment-là que les chiffres ont changé».

Au cours de ses trois mandats, Harper a créé de nouvelles infractions liées aux courses de rue, adopté la Loi supprimant le droit des prisonniers à certaines prestations et créé un bureau national d’ombudsman pour les victimes d’actes criminels. Les conservateurs ont établi des peines minimales obligatoires pour les infractions liées aux drogues, les crimes sexuels, les crimes contre les enfants et certains délinquants violents, ont mis fin à la politique des «mesures les moins restrictives» pour les détenus, ont éliminé l’assignation à domicile comme option de punition pour de nombreuses infractions et ont augmenté les peines dans le cadre de la Loi sur les jeunes contrevenants.

Bon nombre de ces réformes ont ensuite été annulées par les tribunaux, puis par le gouvernement Trudeau. L’un des changements les plus importants a été le projet de loi C-75, adopté en 2019, qui a légiféré «un “principe de retenue“ pour les policiers et les tribunaux de façon à ce qu’ils favorisent la mise en liberté à la première occasion plutôt que la détention.» En d’autres termes, cela a facilité l’obtention d’une libération sous caution et d’une peine dans la communauté, y compris pour les voleurs de voitures. Lier Trudeau à une augmentation de la criminalité n’est pas une erreur: les récidivistes n’auraient peut-être pas été dans la communauté pour commettre davantage de crimes sans sa politique.

Mais il ne s’agit pas seulement de reproduire le succès de Harper et d’amplifier l’échec de Trudeau. Il s’agit également de reconquérir le rôle d’ordre public que les conservateurs ont abandonné lors du Convoi de la liberté il y a deux ans. Les images de Poilievre et de ses collègues livrant du café aux manifestants sont encore gravées dans la mémoire de nombreux Canadiens, poussant certains conservateurs modérés à tourner le dos au parti. Maintenant, Poilievre pense qu’il peut récupérer ces électeurs. Alors que la Cour fédérale a décidé le mois dernier que Trudeau avait outrepassé ses efforts en invoquant la Loi sur les mesures d’urgence pour faire face aux occupants d’Ottawa, les conservateurs se sentent en sécurité en reprenant leur position de parti de la loi et de l’ordre. Le convoi est derrière nous: il est temps de parler de crime.

Enfin, les conservateurs se rendent compte qu’à plus d’un an des élections, ils doivent avoir plus de dossiers à débattre que le simple coût de la vie. Le gouvernement fédéral fait des annonces sans fin en matière de logement, il limite le nombre d’étudiants étrangers en compétition pour un emploi et un logement, et l’inflation et les taux d’intérêt devraient baisser. Au moment où les Canadiens se rendront aux urnes, l’économie pourrait se porter mieux, il y aura moins d’étudiants enfermés dans les sous-sols, et Trudeau tentera de s’en attribuer le mérite.

Combien de kilométrage Poilievre tirera-t-il de sa répression contre les voleurs de voitures? Avec plus de 100 000 Canadiens regardant leur entrée de garage vide par la fenêtre, cela représente 100 000 électeurs potentiels qui ont un problème de plus avec le premier ministre – et sont à la recherche de quelque chose de nouveau.

Lire la version originale anglaise de ce texte sur le site du National Post

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